dimanche 26 juillet 2009

De retour

Bonjour,
Attaque de flemme, petite fatigue, doutes et interrogations sur le comment et le pourquoi... Et beaucoup de rangement et de classement trop longtemps retardés.
Jane va revenir, très bientôt. J'espère que vous ne vous êtes pas découragés devant toujours la même page. Encore un tout petit peu de patience !

vendredi 1 mai 2009

Octobre 1935 : Des nouvelles de Jules

Le 21 septembre, Jane a donc quitté Lyon pour retrouver son homme et sa maison, et plonger dans les caisses pour déménager, une fois de plus, vers le quartier St Roch à Nice. Quant à Suzy, elle est restée à Lyon où elle a été inscrite à l'école.

"Ma chère petite Jane,
Nous te remercions beaucoup de ta bonne lettre qui nous a tranquillisés un peu d'après tout ce que tu nous dis, et malgré les inconvénients de la proximité de la mer, nous espérons que ta santé se maintiendra avec des précautions et pas de fatigue.
Cet appartement nous semble tout-à-fait bien comme air, vue et exposition, sans parler du bout de jardin qui sera précieux pour Jean et même pour toi.
Vous voilà en pleine installation et nous pensons que tu as déjà trouvé une femme de ménage, ce qui est essentiel pour toi. Comme tu dois apprécier l'eau et le gaz !!
Nous sommes heureux que vos santés soient bonnes, que l'oeil de Jean ne vous donne plus aucune inquiétude, et qu'Henri n'ait plus ses trajets à faire chaque jour, et pouvant déjeuner confortablement en famille. Nous avons bien pensé à vous et à tout votre remue-ménage, mes chers enfants, car c'est un si mauvais moment à passer.
Je t'enverrai demain le pull-over de Jean et n'ai pu m'en occuper plus tôt, ayant eu une semaine mouvementée ! Dimanche dernier, au moment de déjeuner, Jules nous est arrivé en sanglotant, n'ayant plus un centime en poche. Il était à Paris avec Juliette depuis 1 mois en chambre garnie, et cherchant du travail tous les deux, sans avoir rien trouvé naturellement. Il ont donc mangé en 1 mois ce que Jules a pu gagner cet été, et ont attendu de n'avoir plus rien pour venir nous surprendre. Juliette est repartie chez sa mère il y a 15 jours, et maintenant, Jules ne trouvant aucun travail, nous serons forcés de le réexpédier à Bruxelles avec toutes ses malles, vaisselle, etc. afin de ne plus l'avoir sur le dos, et de lui payer une chambre garnie en attendant qu'il retrouve un logement puisqu'ils avaient quitté l'ancien et envoyé leur lit et leur fourneau à Anvers ! Jules a une chambre aux Batignolles et prend ses repas avec nous ; mais tu dois penser que cette réunion manque de charme et que nous sommes plus... qu'exaspérés contre ces deux imbéciles et entêtés ; ils s'étaient bien gardés de nous écrire pour nous demander conseil et maintenant, il nous faut réparer cette bêtise et payer les pots cassés !...
Nous sommes d'autant plus attristés que ce billet qui vous était destiné va être bien écorné, puisqu'il nous faut parer au plus pressé !! Il est dit que nous n'aurons pas un instant de tranquillité avec eux, car ils sont aussi instables l'un que l'autre.
Ils étaient allés voir Renée, lui demandant de ne rien nous dire. Heureusement que papa travaille encore ce mois-ci, mais il croit bien que ce sera le dernier.
Nous avons sur par les journaux les terribles orages dans la région lyonnaise et tous les dégâts et éboulements.
Tu nous avais parlé de la mort de M. Mouterde. Quant à Hélène D., elle est bien privilégiée de pouvoir continuer sa vie et supporter des grossesses sans accrocs, mais elle peut payer cela dans quelques années, car il ne faut rien exagérer (1).
Nous sommes bien contents que vous ayez de bonnes nouvelles de Suzie et des marraines. N'oublie pas de demander pour le pull-over. Ce sera bien commode d'avoir le car à votre porte et un boucher si près. Espérons que vous n'aurez pas de moustiques à St Roch. Nous n'avons pas de punaises pour le moment.
André vous aura peut-être aidés pour votre emménagement ?
Papa se joint à moi pour vous embrasser tous les 3 bien affectueusement. A toi, ma chérie, nos meilleures tendresses.
A. Beauser"


(1) Hélène Dumas, épouse Lavaux, née en 1902, vient de donner naissance à son troisième enfant.

samedi 25 avril 2009

13 septembre 1935 : Jane se languit

"Mon cher homme,
Excuse mon crayon. Je t'écris au jardin et sur les genoux, en surveillant les gosses. Aujourd'hui il a fait chaud. Le beau temps continue, bonne affaire !
J'espère que tu vas bien et que tu ne te fatigues pas pour chercher un appartement.
Les enfants vont bien. Jean a repris bonne mine et mange assez bien. Le docteur l'a trouvé un peu mieux, ce matin. Il dit que la pupille se dilate un peu, mais que ce sera long. J'y retourne seulement lundi. J'espère qu'on va pouvoir se contenter de 2 visites par semaine, lundi, jeudi, et que je pourrai partir vendredi ou samedi. Je lui demanderai lundi ce qu'il en pense, et je te l'écrirai de suite.
J'aime encore mieux aller à Nice 2 fois par semaine pendant quelque temps, que de rester ici à perpétuité. Car bien que sois bien à Montchat, je préfère être avec toi et chez nous.
Et il y a aussi la question des frais occasionnés par ton restaurant, et les trous aux chaussettes, et les boutons qui manquent, et le reste... qui manque bien aussi un peu ? J'espère avoir de tes nouvelles demain.
André a écrit aux marraines. Il se plaint seulement que le monde est méchant, sans parler de ses affaires. Ça n'est pas pour satisfaire ta pauvre mère, qui aime bien savoir tout en détail.
Hier, nous sommes allés au parc. Les enfants étaient ravis, mais Jean a eu peur de l'éléphant et des loups.
Nous venons d'avoir la visite de Jean Lavaux, qui voulait avoir des nouvelles du petit. Tout le monde va bien à Chausaye. Ils y resteront jusqu'à la fin du mois, si le temps se maintient beau.
Réponds-moi au sujet de notre arrivée. Je te disais que c'était peut-être préférable de remonter à l'Abadie tout de suite à 8 h du soir.
Et voilà, mon petit homme, je te quitte pour aller à la boîte, et acheter du lait. Je te souhaite de passer un bon dimanche ; iras-tu chez André ? Ou bien faut-il que tu bûches ?
Je suis en pensée avec toi et tu me manques bien. Mais c'est la vie.
Je t'embrasse bien fort beaucoup de fois.
Fenon
Bons baisers des mômes et des marraines"

jeudi 23 avril 2009

3 septembre 1935 : Un peu d'eau dans le gaz

"Mon cher vieux marron,
Je trouve ta carte (adressée à Monsieur et Madame H. Reignier) en rentrant du pansement, sous une averse battante. Je suis rassurée sur ton voyage (1), et j'espère que tu as maintenant rattrapé tes mauvaises nuits.
Je suis contente de te dire que le docteur a trouvé Jean mieux qu'hier. La plaie est fermée et la pupille commence à se dilater. Je dois continuer à lui mettre les gouttes d'argyrol et d'atropine 2 fois demain, et nous retournerons voir le docteur jeudi à 11 heures. Il pense que nous pourrons partir au début de la semaine prochaine, et il m'indiquera un bon oculiste à Nice, pour terminer.
Le petit a mieux dormi, je lui avais fait prendre 1/2 comprimé d'aspirine, sur le dire du docteur. Aujourd'hui, il a un peu d'entrain, à part quelques petits moments de fatigue et de souffrance.
Ne t'en fais pas pour mes rapports avec les marraines. Ils sont amicaux. Je comprends qu'elles sont bonnes et nous veulent du bien, seulement, que veux-tu, les caractères ne s'accordent pas toujours parfaitement entre femmes. Et puis, malgré tout ce que tu peux dire pour les excuser, tu sais bien que Marie-Louise n'est pas toujours commode.
Quant à cette petite chose oubliée au pied du lit, elle a eu vite disparu et je ne t'en ai pas gardé rancune une seconde. Il vaut mieux ça qu'un 3ème loupiot.
J'ai reçu une lettre de maman ce matin, que je t'envoie.
Il est bientôt 6 heures. Je vais aller jusqu'à la poste pour que cette lettre parte ce soir.
Au revoir, mon petit homme, soigne-toi bien et ne t'en fais pas. Ménage tes doigts.
Les marraines t'embrassent, les gosses de même, et moi je me serre sur ton vieux coeur.
Ton fenon"

(1) Henri a fait un aller et retour à Lyon pour voir sa femme et ses enfants.

dimanche 19 avril 2009

28 août 1935 : Des nouvelles de l'oeil

"Mon cher homme,
Je t'écris de Montchat où nous sommes installés depuis lundi soir. Henriette m'a bien rendu service, elle a passé la 1ère nuit ici, et les marraines sont arrivées hier après-midi, en auto depuis Montrottier.
Ta mère semble plus vaillante, Marthe a encore bien mal aux jambes. Il lui faudrait du repos, et malheureusement, avec ce déménagement et notre petit blessé, on a pas mal à faire.
Le petit va un peu mieux, mais ses nuits sont toujours un peu agitées. Hier, à l'arrivée des marraines, il a été tellement heureux de retrouver Suzie, qu'il s'est levé de son fauteuil et au ouvert son oeil droit, chose qui ne lui était pas arrivée depuis l'accident. Ce matin, il le tient fermé à nouveau. Je pense qu'il a fait un effort trop grand hier, et qu'il a besoin de le laisser au repos. Il n'a plus du tout de température. La visite au docteur a été satisfaisante, mais c'est bien une corvée. Ces pansements sont un peu douloureux, et le petit a peur. J'y retourne aujourd'hui à 3 heures, et les jours suivants, peut-être jusqu'au milieu de la semaine prochaine, et on partirait après, dans 8 ou 10 jours, si tout va bien. On lui mettra des lunettes pendant quelque temps, pour l'habituer à la lumière.
Je pense que tu m'as écrit à la clinique, j'irai aujourd'hui ou demain pour prendre le mandat que les marraines y ont envoyé. J'ai dû donner 430 F à la clinique, pour 3 jours : 75 F par jour + 157 F pour la salle d'opération et les infirmières (opération non comprise) et 50 F pour les pansements. Ces braves soeurs n'y perdent pas. Heureusement qu'Henriette m'avait apporté de l'argent pour m'aider à régler avant le départ.
Je te remercie pour les photos envoyées à Paris avec souhaits de fête. Et tous nos compliments, elles sont très bien réussies.
C'est regrettable, en effet, que tu ne sois pas allé à St-Cyr avant de quitter Lyon, mais tu sais bien que tout le monde te l'a déconseillé, puisque François ne recevait plus de visites (1). Mais pourquoi n'as-tu pas envoyé de condoléances ? Je t'assure que tu as eu tort. Quant à nous, vu les circonstances, nous sommes tout excusées, et nos cousins le comprendront certainement.
Il pleut depuis plusieurs jours, c'est lamentable, on aurait pourtant bien besoin de beau temps pour retaper Jean qui a déjà perdu sa bonne mine.
Le docteur Rosnoblet m'a dit hier que je n'aurais qu'à lui donner les feuilles d'assurances, il marquera ce qu'il faut, ainsi que la clinique. Je n'aurai qu'à lui donner mon reçu.
Au revoir, mon cher homme. Nous regrettons bien de te sentir si loin de nous en ce moment. J'espère que tu ne te tourmentes pas plus qu'il ne faut. Les marraines t'embrassent, et moi je me serre sur ton vieux coeur.
Fenon"


(1) François Mouterde (cousin germain de Marie), décédé fin juillet.

23 août 1935 : Petit accident, grandes conséquences

Lettre à l'en-tête de la : "Clinique Jeanne d'Arc - Chirurgicale, Médicale, Physiothérapique - 38, cours Albert Thomas" (Lyon)

"Mon cher homme,
Ne te tourmente pas à cause de cette en-tête. Il est arrivé un petit accident à l'oeil gauche de Jean, hier soir. Il était 8 heures, Suzie et lui attendaient Marraine, sur le trottoir, pour partir au lait. Suzie était à cheval sur une branche d'arbre qu'ils avaient rapportée de promenade, et Jean derrière elle. La fatalité a voulu que la branche se relevât à l'arrière et vint se planter dans ce pauvre oeil. Jean a bien pleuré, nous sommes allés chercher le docteur, pensant qu'il avait reçu simplement un coup avec le bâton. Le docteur n'a pas pu faire ouvrir l'oeil. La nuit a été agitée avec beaucoup de pleurs. A 10 heures du matin, nous sommes retournées chercher le Dr qui a pu ouvrir l'oeil après y avoir mis des gouttes de cocaïne. Et nous avons pu voir, hélas ! que l'oeil était blessé.
Je me suis fait descendre jusqu'à Lyon en auto, pour gagner du temps, et accompagnée par Mme Pesson, bien obligeante, nous avons pu voir tout de suite un bon oculiste, rue du Plat, qui nous a envoyés, après examen de l'oeil, dans une clinique, et là, l'oculiste Coleret vient de l'opérer, à 5 heures. Il ne m'a pas caché que c'est sérieux. Il a retiré une grosse épine. Heureusement, elle était plantée obliquement, ç'aurait pu être plus grave. Mais l'oeil a bien souffert, et le docteur ne peut pas me dire encore si la vision (à gauche) sera peu ou bien atteinte. En tout cas, il m'a dit qu'il resterait une tache.
En ce moment, il est 6 heures du soir environ, vendredi. Jean est bien couché dans un petit lit tout blanc, et il repose. Il n'a pas l'air de souffrir. On lui a fait une piqûre antitétanique. Le docteur le reverra demain matin.
Je vais coucher à côté de lui, pendant quelques jours.
Tout cela est fort onéreux, comme tu dois le penser. Je ne peux pas te dire encore combien il nous faudra mais ta mère nous avancera. Veux-tu faire le nécessaire pour les Assurances Sociales ? J'en parlerai au docteur aussi.
Je termine vite pour que ma lettre parte. Je te récrirai bientôt.
Au revoir, mon petit homme, ne t'inquiète pas trop, j'espère que dans quelques jours tout cela ne sera plus qu'un mauvais souvenir.
Je t'embrasse de tout mon coeur.
Ton fenon"

samedi 18 avril 2009

Montrottier 1935 : Photos





















Odette et Gabriel Dumas, Henri, Jane
Jean, Jacky Dumas, Suzie